Économiste de la construction, concrètement
L’économiste de la construction répond à une question qui décide de tout sur un projet de bâtiment : combien ça coûte. Il intervient sur du neuf comme sur de la réhabilitation, et à chaque étape, il fait tenir ensemble trois exigences qui se contredisent souvent : la technique, la réglementation et le budget.
Selon l’employeur, le métier prend deux visages. En entreprise du bâtiment, l’économiste analyse le dossier de consultation, relève l’existant sur site, établit le métré des ouvrages à partir des plans 2D ou de la maquette numérique, puis bâtit une offre de prix pour répondre aux appels d’offres. En maîtrise d’œuvre, il entre plus tôt dans le projet, dès l’esquisse : il vérifie la conformité aux normes, rédige les pièces écrites techniques lot par lot, estime le coût global et assiste le maître d’ouvrage pendant la consultation des entreprises.
Ses interlocuteurs sont l’architecte, le maître d’ouvrage, les bureaux d’études spécialisés et, de plus en plus, le BIM Manager. On le trouve dans les cabinets d’économistes, les cabinets d’architecture, les bureaux d’études et les entreprises du BTP.
Le quotidien, du métré au chiffrage
Le matin commence souvent devant un dossier de consultation. Vous ouvrez les plans, vous identifiez les lots concernés, vous lancez le métré sur votre logiciel. Chaque ouvrage se compte, se mesure, se convertit en quantités : mètres carrés de cloison, mètres linéaires de plinthe, volumes de béton.
En fin de matinée, déplacement sur un chantier en cours pour un relevé de l’existant avant travaux de rénovation. Vous prenez les cotes, vous photographiez, vous notez les contraintes que les plans ne montrent pas.
L’après-midi, retour au bureau pour le chiffrage. Vous calculez le déboursé sec d’un ouvrage, vous appliquez vos coefficients, vous obtenez un prix de vente. Puis vous rédigez une partie du CCTP, le cahier des clauses techniques particulières, qui décrit précisément ce que chaque entreprise devra réaliser.
En fin de journée, un point avec le maître d’œuvre sur les offres reçues pour un autre projet : vous comparez les propositions des entreprises, vous repérez les écarts, vous préparez votre analyse. Le métier alterne ainsi concentration solitaire et coordination avec les autres acteurs du projet.
Le salaire par niveau d’expérience
Ici, l’expérience et le type de structure pèsent plus que tout le reste. Voici les fourchettes constatées au niveau national.
| Expérience | Salaire brut annuel | Salaire net mensuel approx. |
|---|---|---|
| Débutant (0-2 ans) | 28 000 à 33 000 € | 1 800 à 2 150 € |
| Confirmé (3-7 ans) | 38 000 à 45 000 € | 2 470 à 2 900 € |
| Expérimenté / senior | 50 000 à 60 000 € | 3 250 à 3 900 € |
Le salaire médian se situe autour de 40 000 € brut par an, un niveau cohérent avec les données publiées par Indeed et France Travail pour 2026. Plusieurs facteurs font bouger le curseur. La région d’abord : l’Île-de-France et les grandes métropoles paient mieux que les zones rurales. Le type d’employeur ensuite : un cabinet d’économistes ou un grand bureau d’études rémunère souvent au-dessus d’une petite entreprise du bâtiment. Enfin, la maîtrise du BIM et des logiciels de chiffrage récents constitue un vrai argument de négociation.
Les savoir-faire au cœur du métier
Le cœur technique du métier repose sur des savoir-faire précis, ceux que valide le titre professionnel :
- Établir un métré à partir de plans 2D ou d’une maquette numérique.
- Relever et décrire un bâtiment existant.
- Contrôler la conformité d’un projet aux normes (incendie, accessibilité, parasismique, thermique, acoustique).
- Rédiger les pièces écrites techniques d’un dossier, notamment les CCTP.
- Chiffrer une construction neuve ou une réhabilitation, du déboursé sec au prix de vente.
- Conduire la consultation des entreprises pour la maîtrise d’œuvre et analyser les offres.
- Planifier l’enchaînement des corps d’état sur un chantier et suivre l’opération jusqu’à la réception.
Côté savoir-être, la rigueur passe avant tout : une erreur de quantité se paie en euros. Il faut aussi de la méthode pour ne rien oublier dans un dossier volumineux, un bon sens de l’espace pour lire un plan, et de l’aisance relationnelle pour tenir sa place face à l’architecte et aux entreprises.
La voie du titre RNCP pour entrer dans le métier
La voie la plus directe est le titre professionnel Technicien Supérieur du Bâtiment, option Économie de la Construction, inscrit au RNCP sous le numéro 40136. Délivré par le Ministère du Travail, il correspond à une certification d’État de niveau 5, soit l’équivalent d’un Bac+2.
Pour y accéder, deux profils sont admis : les titulaires d’un baccalauréat ou d’un titre équivalent (niveau 4), et les personnes justifiant d’au moins un an d’expérience professionnelle en lien direct avec le métier. La série du bac n’entre pas en compte. Le titre s’organise en trois blocs de compétences (CCP), qui se valident ensemble ou séparément : étudier et métrer un projet, prescrire et estimer, assurer le suivi des travaux en maîtrise d’œuvre.
Se former à distance et financer son parcours
Chez Pluritraining, le parcours se suit intégralement à distance et représente 300 heures de formation. À vous de choisir le rythme : environ 4 mois en continu, sur 17 à 18 heures hebdomadaires, ou 12 à 14 mois en alternance pour apprendre directement en poste. Une rentrée a lieu chaque mois, dès qu’un groupe est constitué.
Plusieurs dispositifs couvrent le coût. Le CPF finance tout ou partie de la formation. Les salariés peuvent mobiliser l’OPCO de leur entreprise, les demandeurs d’emploi peuvent solliciter France Travail. La voie de l’apprentissage reste ouverte, côté candidat comme côté employeur. Le détail du programme, des épreuves et des financements figure sur la fiche formation Technicien Supérieur du Bâtiment, Économie de la Construction.
Un métier en tension : qui recrute
C’est un métier en tension. Les cabinets d’économistes, les bureaux d’études et les entreprises du BTP recherchent des profils formés au métré et au chiffrage, et les candidats manquent. La transition vers le BIM accentre le besoin de techniciens capables de travailler sur maquette numérique.
Les employeurs se répartissent entre trois univers : la maîtrise d’œuvre (cabinets d’architecture, cabinets d’économistes, bureaux d’études), les entreprises du bâtiment qui répondent aux appels d’offres, et les maîtres d’ouvrage publics ou privés. Les intitulés de poste varient : chargé d’affaires, chargé d’études, économiste de la construction, technicien études de prix. Le métier relève des codes ROME F1108 et F1106.
Les logiciels de métré et de chiffrage
L’économiste travaille au quotidien avec des logiciels de métré et de chiffrage : Estima, qui applique la méthode UNTEC, mais aussi Attic+, DeviSOC ou Multidevis selon les structures. La lecture de plans passe par des visionneuses DWG et par AutoCAD. La montée en puissance du BIM impose de savoir naviguer dans une maquette Revit ou ArchiCAD. Le tableur Excel reste incontournable pour les tableaux de prix, et un outil de planification comme MS Project sert au suivi de chantier multi-lots.
Les évolutions possibles après le titre
Avec quelques années d’expérience, l’économiste de la construction peut prendre en charge des projets plus complexes et évoluer vers des postes de chargé d’affaires ou de chef de projet. En bureau d’études ou en maîtrise d’œuvre, la responsabilité d’une équipe devient accessible. Une licence professionnelle en génie civil, économie de la construction ou BIM Management ouvre la voie à des fonctions d’encadrement.
D’autres passerelles existent vers des métiers voisins qui partagent la logique de pilotage technique et budgétaire, comme la responsabilité d’un site logistique ou le métier de technico-commercial, où le chiffrage et la relation client tiennent aussi une place centrale.